Le syndrome d’acquisition de matériel (ou Gear Acquisition Syndrome en Anglais), représente en photographie l’envie de vouloir constamment acheter plus pour sa pratique. L’acheteur dépensera sans cesse, pour soit agrandir une collection, ou devenir « meilleur ». Et à ce moment vous faites le lien avec ma caboche, car je parle du marché de l’argentique sur ce blog. C’est pour cela que l’on me dit que j’alimente le G.A.S. Comme c’est un reproche que j’entends parfois, je souhaite m’exprimer sur le sujet.
parlons du syndrome d'acquisition matériel

Crédit image: Nattsang pour creativecommons.org.

Achetez pas pour être meilleur, mais pour pratiquer différemment.

C’est ma philosophie dans l’univers de l’argentique. Autant je trouve que le marché du numérique se résume à celui qui aura la plus grosse, autant celui de l’analogique était une vraie guerre d’ingéniosité. La façon de faire de la photo peut énormément varier selon l’appareil que l’on a dans les mains. Je trouve cela enrichissant d’oser repartir à zéro et découvrir le plaisir d’une autre approche. C’est pour cela que je fais des revues sur les appareils que je peux posséder ! Afin de montrer à un public débutant la richesse de cet univers qui me passionne.  Et gardez en mémoire qu’il n’y a pas de vérité absolue, on a chacun nos préférences !

Par exemple le fait d’utiliser un argentique avec viseur poitrine, pour de la photo de rue, est pour moi moins aisé qu’un viseur direct. Mais un collègue lui préfère l’inverse, car il me disait qu’on l’oubliait facilement, ayant pas son regard directement sur le sujet.

Le Wirgin Edixa Reflex est un bon exemple de polyvalence pour un prix modeste.

Le Edixa Reflex est un bon exemple de polyvalence. Avec une gueule propre à son époque, le slr de 35 mm permet de jongler entre viseur direct et poitrine. De plus il utilise la monture universelle de 42mm, ce qui ouvre le choix des focales à plusieurs fabricants.

Le prix ne fait pas le photographe. Vraiment.

Le syndrome d’acquisition de matériel est un puit sans fond. Pour chaque idée, il faut acheter. Envie de macro ? Il faut un objo ! Envie de panorama ? On recommence, etc etc. Parfois même si c’est fait, la différence entre l’attente et la réalité va frustrer et donner l’envie de relancer la consommation.

Alors oui, il existe comme toujours du matériel qui sera d’une meilleure conception. Le principe de l’entrée, milieu et haut de gamme existe depuis la nuit des temps dans la logique commerciale. Il faut vendre et au plus grand nombre. Il est donc pas illogique de vouloir évoluer en qualité, il faut juste adapter l’achat en fonction du besoin. Par exemple nul besoin d’un scanner onéreux si c’est pour publier les photos uniquement sur Instagram. Je vais même aller plus loin en précisant que vous pouvez avoir une bonne qualité pour un prix minime. Et cela en combinant un appareil d’entrée de gamme avec une optique de meilleure fabrication (ex: SLR M42 type Praktica + focale Super-Takumar).

Mais ce qui fera l’intérêt d’une image c’est et ça restera votre approche. Combien de fois j’ai pu voir des touristes avec des APN à 1000 euros, pour prendre le même paysage que le voisin.

choix personnel, le Nikon FG est l'un des reflex les plus agréables que j'ai pu manipuler.

Même si j’ai manipulé des modèles plus haut de gamme sur le papier, le Nikon FG reste le SLR qui m’a laissé le meilleur feeling.

Ce qui ne sert pas doit circuler !

Une des causes de l’augmentation des prix de certains modèles, c’est la rareté sur le marché. Et pourtant nombreux sont ceux trainant dans un meuble sans utilisation. Je vous rassure je suis comme vous, je possède plusieurs caméras, dont des modèles qui sont la juste par esprit de collection. Il y a une certaine satisfaction à conserver des appareils comme on collecterait des Pokémon. Mais je me dis que c’est dommage d’une part de ne pas en faire profiter une personne qui en aurait vraiment besoin, et de l’autre aussi se faire un peu d’argent pour financer autre chose ;).

Ainsi je revends dans la grande majorité des cas les appareils que je test dans les revues du blog. Je garde uniquement si cela peut avoir une plus-value sur le terrain, ou si c’est affectif. Avec le recul je me rends compte de l’absurdité de certains choix. Par exemple j’ai acheté un Fujica ST705 pour exploiter un objectif Helios en monture m42, alors que je possède un Canon A1. Pourquoi ne pas juste acheter une bague d’adaptation à 15 euros et continuer d’utiliser le A1 ? Je compte donc le revendre une fois sa revue en ligne sur le site.

exemple du gear acquisition syndrome ou syndrome d'acquisition matériel.

Depuis quelque temps je cumule les utltra-compacts, car j’aime voyager sans encombrement. Néanmoins j’ai revendu le Mju 1 que j’ai pu tester, car il faisait doublon avec le 2.

Délimiter un budget.

Même si les achats se font le plus souvent via le web, vous pouvez quand même définir une limite. D’une part en ne dépassant pas un petit montant (ex: 50 euros/mois), de l’autre en le plaçant par exemple sur un Paypal qui ne serait pas relié à votre compte en banque. Sans stopper totalement vos envies, vous pourrez les contrôler et ralentir le syndrome d’acquisition de matériel. Et si vous avez envie d’un objet plus coûteux, vous devrez attendre le nombre de mois nécessaire pour cumuler le prix à investir.

Limitez-vous à l’essentiel, travaillez le fond plutôt que la forme.

Si acheter est synonyme de s’améliorer pour vous, vous risquez de ne jamais en finir. L’euphorie liée à la recherche et l’achat passera inévitablement, vous trouverez encore un problème et ça repartira de plus belle. Il en va de même avec les collectionneurs, une fois complète, vous aurez envie de recommencer.

La meilleure solution pour se recentrer reste de travailler sur un projet, une série photo en conservant son matos du début à la fin. Apprendre à atteindre les limites techniques avec ce que vous avez, et garder une cohérence tout au long de la série. Pour faire cela définissez un format, une focale, un type de film et un thème. Ne débordez pas et persévérez.

Pour vous donner un exemple je vais parler d’une série que j’aime bien de Rich Lem, « Au passage ». Cette partie de son portfolio parle des passants qui observent le mouvement des Gilets Jaunes. Ce qui fait en partie l’intérêt de son travail c’est l’approche en elle même. Au lieu de se focaliser sur les manifestants, Richie prend le parti de s’éloigner de ce qui attire l’attention. En bref ce n’est pas son matériel qui fait la réussite, mais la vision qu’il apporte.

Le syndrome d'acquisition de matériel: Travailler en série pour le stoper.

Capture du portfolio de la série « Au passage », visible sur le site richielem.com.

On résume ?

Le marché de l’argentique augmente, mais pas partout. Il existe encore une multitude d’alternatives pour une bouchée de pain. Faire du bon avec un petit prix est parfaitement possible ! Néanmoins à cause de cela, il est aisé de vouloir renouveler constamment. Et pourquoi pas ! Mais dans ce cas pour un achat, une revente ! Gardez à l’esprit que c’est un secteur mourant, quand un argentique est cassé il termine la grande majorité des fois à la poubelle et non en réparation. D’ailleurs pensez à Camera Rescue si c’est le cas, c’est une association qui rachète pour les pièces et va les retaper. Nation Photo à Paris en est l’antenne pour la France.

Autrement en combinant ce qui est dit plus haut, il est possible de ne pas tomber dans le syndrome d’acquisition de matériel. Fixez un budget et un nombre max d’appareils, revendez si vous achetez et surtout travaillez en série en fixant un cadre. Je ne dis pas qu’il ne faut pas renouveler son stock, mais de le faire par curiosité plutôt que pour penser que ça fera de vous un meilleur photographe.