Attaquons-nous à ce qui est, pour moi, un « bon client ». Le Lomo MC-A est l’héritier spirituel du mythique Lomo LC-A. Il en reprend d’ailleurs certains éléments, tout en se montrant largement supérieur en termes de construction et de fiche technique. Proposé à un tarif de lancement de 500 €, il offre une prestation-prix intéressant, au milieu des nouveautés actuelles. Un point encourageant, certes, mais qui ne doit pas tout excuser. Lorsqu’il s’agit de matériel neuf, et non ancien, l’exigence doit être d’autant plus élevée.

Du point de vue de la fiche technique
- Dimensions : 125,8 x 69,8 x 42 mm
- Poids (nu) : 332 g
- Optique / Monture : Minitar-II 32 mm
- Mode(s) : Program, priorité ouverture, manuel, multi-exposition, bulb
- Focus minimum : 0,4 m
- Obturateur : 20s s à 1/500 s
- Ouverture : F/2.8 à F/16
- ISO : 12 à 3200 DX ou manuel
- Autofocus : Oui ou Zone focus
- Flash : Interne
- Retardateur : Oui
- Batterie : 1x CR2
Analogwashing & Greenwashing
La première chose qui saute aux yeux dans le paquet, c’est un livre, qui pourrait s’apparenter à un artbook, mélangeant aussi des éléments de la direction artistique, comme des slogans, prise par l’équipe de Lomography. Un marketing lourd, destiné à vous rassurer sur votre achat. Vous êtes l’élu parmi les normies, un « lomographe » qui a trouvé la sortie de la Matrice.
Mais surtout, quitte à imprimer quelque chose, pourquoi ne pas y avoir intégré le manuel ? Car si vous voulez découvrir comment vous en servir, là par contre ça sera, sur un morceau de carton avec un QR code.
Ironie de la chose, cela serait pour économiser du papier selon Lomography… On n’aurait pas pu alors se passer du bouquin, ou le réduire ?

Sinon Behance c’est bien pour exposer ce genre de choses.

Construction / encombrement
Avec son corps métallique, le Lomo MC-A respire la solidité et l’assemblage du boîtier est sans défaut. Mais il est limite de le considérer comme un compact. Avec une taille plus proche d’un télémétrique type Canonet 28 ou Rollei XF35, seule la petite taille de l’optique fait la différence.
Ce bloc est d’ailleurs un peu branlant à la manipulation lorsqu’il est déployé. Rien d’alarmant, mais il faudra rester prudent sur le terrain, conernant la question d’un éventuel choc. Un étui refermable sera donc un plus.
À cause de sa taille, oubliez l’idée de le ranger dans un pantalon. Une veste reste possible, même si le port sera peu confortable en raison de son poids. Avouons-le, le MC-A est une petite brique.

Bien qu’un petit flash interne soit présent, on pourra regretter l’absence d’une griffe flash (comme sur le Ricoh 35R), qui aurait permis d’accroître la portée ou de modifier l’orientation de la lumière produite. À la place, on a droit à une citation marketing pompeuse, déclinée sur tous les supports possibles (à croire qu’ils auraient fait une attaque si elle n’avait pas été présente). J’imagine cependant que l’absence de cette griffe sera l’excuse d’une seconde version.

Continuons avec le choix de Lomography de limiter les interactions par écran. Le Lomo MC-A propose diverses commandes via des boutons physiques et des sélecteurs, et ça fait du bien. À mon sens, c’est plus intuitif, car on peut ainsi mémoriser les manipulations et les positionnements sans quitter le viseur des yeux.

Optique
Doté de la même combinaison que sa vaillante inspiration qu’est le LC-A, le Lomography MC-A propose un 32 mm (motorisé cette fois) ouvrant à F/2.8. Ce dernier est compact déployé, seule la bague de gestion de l’ouverture en ressort. Quand vous voulez l’éteindre, le bloc optique va alors se rétracter totalement dans le corps.

Point frustrant, mais compréhensible, il est dommage qu’aucun volet de protection ne se déploie après extinction du boîtier. J’imagine que ce choix provient du fait que l’on peut fixer des filtres. Afin d’éviter qu’il ne se cogne sur ces derniers en off. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas laisser à l’utilisateur le choix de le déployer par un bouton poussoir, comme sur le LC-A justement ? Heureusement, il est livré avec un filtre UV pour protéger la lentille externe.

Deux gestions de la mise au point
Se voulant le descendant du Lomo LC-A, il aurait été inconcevable de ne pas ajouter une visée zone focus, en complément de l’autofocus. C’est désormais chose faite ! Pourquoi ? Par exemple, pour photographier un sujet à travers une vitre sans risquer que l’AF ne se focalise sur les reflets du verre.

L’autofocus s’en tire bien dans ce contexte. Ici, une photo prise à la volée devant une vitrine.
Néanmoins, il faut savoir que l’autofocus partage les mêmes paliers que la mise au point manuelle. Il n’y a donc que cinq positions : c’est déjà correct, mais cela peut parfois s’avérer un peu juste.
Par exemple, en faible luminosité, si vous êtes obligé de shooter à f/2,8 avec un sujet à 2 m, et que le palier le plus proche est à 1,5 m, la netteté risque d’être compromise. On pourrait rétorquer qu’il suffit de se déplacer, mais dans le contexte de la photo de rue, ce n’est pas toujours possible.

Terminons par exprimer que la mise au point est uniquement centrale. Il faudra donc mettre votre sujet au centre, avant de recomposer avec le focus lock (semi-pression sur le déclencheur).
Les modes
Une prestation sympa avec un choix étrange
S’il y a une chose que l’on peut reconnaître à Lomography, c’est qu’ils savent ce que la communauté attend. Loin de se cantonner à l’automatisme, le constructeur propose de quoi diversifier la pratique. Ainsi, en plus on profite d’une priorité ouverture et de la gestion manuelle.
Des fonctionnalités rares sur le segment des point & shoot argentiques, qui fait ironiquement que certains modèles d’occasion proposant la même chose se négocient parfois à des tarifs équivalents, voire supérieurs. Si les nouveautés en argentique peuvent contribuer à calmer le marché de l’occasion, on ne va pas s’en plaindre.
Par contre, une déception s’impose. En priorité ouverture, l’appareil se montre bridé. Concrètement, il est impossible de combiner ouverture et vitesse maximales : f/2,8, la vitesse se bloque à 1/250 s ; pour atteindre 1/500 s, l’ouverture sera au mieux limitée à f/4.
Un choix pour le moins étrange. Par le passé, de nombreux appareils argentiques n’imposaient pas ce type de contrainte, toutes catégories confondues. J’aurais pu comprendre ce bridage s’il dépendait de l’ISO, afin d’éviter une surexposition, mais ici, quel que soit le film utilisé, la limitation reste la même.
Pour le reste, la gestion du flash, le retardateur et le réglage manuel ou DX de l’ISO sont bien présents.
Taillé pour la créativité
Car on ne s’arrête pas là, le Lomo MC-A dispose aussi de sacro-saint mode multiexposition ! De quoi sortir des sentiers, surtout en le couplant avec le filtre séparateur contenu dans le paquet, ou toutes autres variantes avec le bon diamètre.

Par contre, la composition restera moins précise que si vous passiez par un reflex. Le viseur indépendant va générer un décalage entre vision de l’œil et de l’objectif, mais également vous ne verrez pas, logiquement, le séparateur dans ce dernier.

On pourra aussi jouer avec les filtres colorés à insérer sur le flash interne. Ce n’est pas nouveau chez Lomography, j’avais d’ailleurs pu en profiter lors du test de La Sardina. Le Lomo MC-A comporte 2 modes “créatifs” pour cette fonction. En résumé ce sont des modes d’actionnement qui s’activent avant ou après la libération de l’obturateur. Afin de figer le sujet et modifier le rendu. C’est un procédé utilisé le plus souvent pour faire ressortir le sujet, tout en profitant d’un effet longue exposition en background.

La compensation de l’exposition est aussi possible à -2/+2. Et heureusement, c’est réglable par une roue de sélection, plus rapide que via un menu de sélection.
Le mode Bulb n’est pas oublié, il vous offrira la possibilité de jouer de la longue exposition en gérant la durée que vous voulez. En bref, nous avons de quoi varier et mixer les plaisirs.

Viseur
Rien d’extraordinaire de ce côté-là : le viseur est dans la moyenne, suffisamment clair, et dispose d’un rappel concernant la correction de la parallaxe. Afin de vous assurer que l’autofocus a bien fait la mise au point, une diode bleue va s’illuminer.

Petit bémol visible sur la photo : les repères de cadrage ne sont pas parfaitement alignés avec le viseur. Sur mon exemplaire, cela penche légèrement vers la droite. À l’usage, il faut faire abstraction de ces marques pour éviter de prendre des photographies de travers. Malheureusement je l’ai remarqué que trop tard et j’ai eu des images penchées.
En usage

Photographies de la revue faites avec une pellicule Perutz Color 400
Avant de le prendre en main, il faut le déballer ! Car le Lomo MC-A est livré avec un wrap de protection (serviette agrippante, pour recouvrir l’appareil photo). Un objet utile pour le stockage, mais qui ne va que très peu protéger l’appareil en cas de chute, en raison de son poids et de la faible épaisseur de la serviette. Aussi, c’est un attrape-poussière.
Il demande du temps pour le retirer ou le mettre, tout en tenant l’appareil en main. Donc, on doit le manipuler avant ou après la session. Un étui sera donc une bonne alternative.

Pour l’alimenter, Lomography a pris une initiative appréciable, en fournissant une pile USB ! Permettant ainsi de la recharger, tout en gardant la possibilité de ne pas dépendre de cette batterie et exploiter aussi des piles CR2 standards. L’autonomie de la version USB est par contre moindre qu’une version non rechargeable.
Une dragonne vitale
Pas de sangle dans la boîte, mais une dragonne en cuir pour l’aide au maintien. Elle fait très bien le travail, reste confortable sur la durée et devient vitale pour éviter les accidents. Puisque la petite poignée moulée dans le corps du Lomo MC-A étant insuffisante pour le tenir avec assurance d’une main. D’autant que les angles de la semelle vont cisailler un peu le petit doigt qui va retenir le MC-A (comme on peut le faire en tenant un smartphone).

Un Autofocus bruyant…
La mise au point est un poil bruyante, un son perceptible autour de vous. Un souci déjà présent sur le Rollei 35 AF. Rappelez-vous que les constructeurs repartent de zéro autant dans la conception et la fabrication. Donc, on constate forcément un retour en arrière. Cela s’affinera avec les années.
On ne va pas vous dévisager à un mètre à la ronde, mais en deçà, c’est tout à fait probable. Pour un appareil vantant une technologie récente (LiDAR) c’est un peu dommage d’avoir l’impression de shooter avec un P&S de première génération. Par chance, l’avancement du film est mécanique, cela en aurait rajouté une couche
…Et bigleux !
Petite surprise à l’usage : il m’est déjà arrivé que certaines prises de vue ne se fassent pas, malgré la pression sur le déclencheur. L’origine est vite identifiée : l’autofocus va parfois ne pas réussir à accrocher le sujet souhaité.

Sur cette image, bien que le sac à dos soit d’un beau rouge, j’ai dû bourriner le déclencheur trois ou quatre fois avant qu’il accepte de faire la prise.
Et encore ! À ma grande surprise, même quand la situation est simple, j’ai dû recommencer à faire le déclenchement. Exemple suivant : Comme vous pouvez le voir, la photo est simple, une façade, pas de passage, de la lumière. Malgré cela et le fait que j’ai pris le temps de lui laisser faire le focus, il a refusé la prise. J’ai dû retenter, sans pour autant bouger d’un millimètre.

Une gestion électrique de bout en bout
De manière surprenante, la gestion du zone focus n’est pas mécanique ! Habituellement, lorsque vous sélectionnez une distance, la lentille se déplace en simultanément. Sur le Lomo MC-A, ce n’est pas le cas : rien ne bouge, et la mise au point ne s’active qu’au moment du déclenchement.
Cela peut décevoir en photo de rue pour deux raisons :
- Si la mise au point était mécanique, on éliminerait le temps nécessaire à l’objectif pour se positionner sur la valeur choisie. Cela reviendrait à se rapprocher d’un fonctionnement en mise au point fixe, avec à la clé une meilleure réactivité.
- Par ricochet, le bruit généré par l’objectif demeure présent. Une solution mécanique l’aurait naturellement réduit, ce qui pose une question de discrétion.
Il fait dodo si vous l’oubliez
Voici un aspect que j’ai apprécié. Il peut arriver qu’on oublie de l’éteindre, ou simplement avoir des pauses longues entre deux prises. Heureusement, le Lomo MC-A passe en veille au bout de quelques minutes. Cela permet une économie de la batterie. Une simple demi-pression sur le déclencheur le relancera.
Attention, la veille rétracte l’optique. Il faudra donc penser au bruit du déploiement et anticiper un peu avant la prise de vue.
Une manivelle de rembobinage traitre
Malheureusement, les photos de fin de mon rouleau présentent des fuites de lumière. Après le rembobinage, j’ai ouvert le boîtier alors que la pellicule n’était pas rentrée.
L’erreur vient de la pièce centrale illustrée ci-après : il faut impérativement exercer une pression une fois la manivelle déployée pour engager le mécanisme. On se doute que l’encoche doit se placer dans le renfoncement dédié, mais cela n’a pas pris en action. Intégrer cela en interne aurait empêché ce souci, chose qui est légion dans le monde de l’argentique.

Un mot sur les filtres du flash
Je dois tout de même mettre un bémol sur le système des filtres du flash. Ces derniers sont facilement insérables via une fente située sur la partie droite de la vitre du flash.
En revanche, leurs manipulations deviennent vite infernales sur le terrain. Je n’ai pas de gros doigts, mais ils sont faciles à perdre en raison de leur très petite taille. D’autant plus qu’ils sont empilés dans un minuscule étui, lui aussi aisé à égarer. Il faudra donc veiller à bien les stocker et à les installer dans un endroit calme et sans vent.

Des erreurs de jeunesse ?
En lisant plusieurs posts Reddit, des points reviennent sur la table. Certains parlent d’un armement “granuleux”,, comme si la pellicule était mal fixée et que les crans de positionnement rompaient. Ailleurs, on parle d’un souci dans la régularité de l’avancement. Probablement le plaquage du film par le dos insuffisant, qui ferait “sauter” les accroches. Voir d’un problème de calcul de l’exposition.
Mais je précise que d’autres utilisateurs disent ne pas avoir ce problème. Je penche sur un défaut d’assemblage, avec des unités mal assemblées.
En Conclusion sur le Lomo MC-A
J’apprécie
- Robustesse de sa construction.
- Divers modes : Program, priorité ouverture, manuel, MX & Bulb !
- Armement manuel du film.
- Gestion via commandes physiques et non par écran.
- Présence de la compensation de l’exposition.
- Objectif Minitar II polyvalent et lumineux.
- Rendu “Lomo”, ce qu’on attend d’un appareil de cette marque.
- Mode veille appréciable.
- Position tarifaire bien plus faible que son concurrent le plus proche, le Rollei 35 AF.
Je regrette
- Poids assez conséquent dans son segment.
- Maintien peu confortable d’une main. Poignée pas assez développée.
- Système de filtres pour le flash laborieux et facile à perdre.
- Autofocus lent, avec des difficultés aléatoires à faire le focus.
- Wrap symbolique, ne protégeant pas assez. Pas d’étui livré avec.
- Bridage de l’ouverture et la vitesse en priorité ouverture, incompréhensible.
Quelques alternatives
- J’ai déjà rédigé un dossier sur ce sujet : Quelles alternatives face au Lomo MC-A ?








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